Pourquoi les français ne vont pas au psy ?
On parle de plus en plus de santé mentale. Pourtant, entre ressentir le besoin d’être aidé et prendre rendez-vous chez un psychologue, il reste parfois un monde. Que disent les chiffres en France ? Et qu’est-ce qui nous empêche, concrètement, de franchir le pas ?
On connaît tous quelqu’un qui traverse une période difficile. Un ami qui ne dort plus très bien. Une collègue qui se sent dépassée. Un proche qui répète que ça va passer.
Peut-être que cette personne, c’est toi.
Parler de ses difficultés à un professionnel peut sembler évident sur le papier. Dans la réalité, la démarche soulève souvent une foule de questions : est-ce que ce que je vis est suffisamment important ? Est-ce que ça va me coûter cher ? Comment choisir un psychologue ? Et si je ne savais même pas par où commencer ?
Les chiffres français montrent que ces hésitations ne sont pas anecdotiques.
Santé mentale en France : les chiffres à connaître
Comme on te l’expliquait déjà dans notre article « Les chiffres clés de la thérapie de groupe », la situation de la santé mentale en France est alarmante : selon le baromètre Stimulus sur la santé mentale des Français, 61 % des personnes interrogées se disent concernées par une problématique de santé mentale, mais seules 19 % d’entre elles ont franchi le pas de consulter un spécialiste. Ces chiffres, publiés en 2023, sont confirmés par une étude plus récente menée en 2024 :
La santé mentale en France (2024) en 3 chiffres
15,6 %
des adultes de 18 à 79 ans ont vécu un épisode dépressif caractérisé en 2024. (1)
56 %
des personnes concernées par un tel épisode n’ont pas consulté de professionnel de santé ou de santé mentale pour celui-ci. (2)
6,3 %
des adultes de 18 à 79 ans ont été concernés par un trouble anxieux généralisé en 2024. (3)
Baromètre de Santé publique France 2024. Les résultats concernent les adultes de 18 à 79 ans résidant en France hexagonale et dans les DROM hors Mayotte. Ces indicateurs portent sur des troubles définis et ne mesurent pas l’ensemble des difficultés de santé mentale.
Près d’un adulte sur six a vécu un épisode dépressif en 2024
Selon le Baromètre de Santé publique France, 15,6 % des adultes âgés de 18 à 79 ans ont vécu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze mois précédant l’enquête de 2024.
Les jeunes adultes de 18 à 29 ans sont particulièrement concernés : la proportion atteint 22 % dans cette tranche d’âge. Elle est également plus élevée chez les personnes qui déclarent rencontrer des difficultés financières. (1)
Ces chiffres ne signifient pas que toutes les personnes qui traversent une période de stress ou de mal-être souffrent de dépression. Ils montrent néanmoins qu’une part importante de la population est confrontée à des difficultés psychiques pouvant nécessiter une attention particulière.
Plus d’une personne concernée sur deux n’a pas consulté
C’est peut-être le chiffre qui interpelle le plus : parmi les personnes ayant vécu un épisode dépressif caractérisé en 2024, 56 % n’avaient consulté aucun professionnel de santé pour cet épisode.
Cette proportion atteignait 65 % chez les hommes, contre 50 % chez les femmes. (2)
Attention à ne pas confondre deux choses : ne pas avoir consulté de psychologue et ne pas avoir consulté de professionnel de santé du tout. Une personne peut, par exemple, demander de l’aide à son médecin généraliste sans consulter de psychologue.
Le chiffre de 56 % concerne bien l’absence de consultation d’un professionnel pour l’épisode dépressif considéré.
Il pose néanmoins une question essentielle : qu’est-ce qui rend la demande d’aide si difficile, même lorsque les difficultés sont importantes ?
Ce décalage entre les besoins en santé mentale et le recours aux soins soulève aussi une autre question : quelles formes d’accompagnement existent, et que sait-on de leur efficacité ? Pour aller plus loin, découvre notre article consacré aux données clés sur la thérapie de groupe en France.
Pourquoi les Français ne vont-ils pas chez le psy ?
Il n’existe pas une raison unique. Les obstacles peuvent être financiers, pratiques, émotionnels ou liés à la manière dont on se représente la thérapie.
D’après les résultats de l’enquête CoviPrev de 2023, repris par Santé publique France, les principaux obstacles à la consultation comprennent notamment le coût, la peur de la stigmatisation et le manque d’information sur les ressources disponibles. (4)
Derrière ces catégories, il y a surtout des questions très concrètes.
1. « Mon problème n’est pas assez grave pour consulter »
Je suis simplement stressé. Tout le monde passe par là. Je devrais pouvoir gérer ça tout seul.
Il n’est pas toujours facile de savoir à quel moment demander de l’aide.
Certaines personnes attendent que leurs difficultés deviennent particulièrement pesantes avant d’en parler à un professionnel. D’autres ont du mal à mettre des mots sur ce qu’elles ressentent, ou pensent que la thérapie est réservée aux situations les plus graves.
Pourtant, il n’est pas nécessaire d’attendre une crise pour parler de ce que l’on traverse.
Des difficultés relationnelles récurrentes, une période de transition, une impression de tourner en rond ou un stress qui prend trop de place peuvent aussi être des raisons de chercher un accompagnement.
La question n’est pas seulement « Est-ce que je vais assez mal ? », mais aussi « Est-ce qu’un accompagnement pourrait m’aider à mieux vivre ce que je traverse ? »
Et si la souffrance est intense, persistante ou perturbe fortement le quotidien, il est important de demander une évaluation adaptée auprès d’un professionnel de santé.
2. « Une thérapie, ça coûte trop cher »
Le prix est l’un des freins à la consultation identifiés dans les données françaises. (4)
Même lorsqu’on souhaite consulter, il faut pouvoir intégrer les séances dans son budget. Et quand on ne sait pas combien de rendez-vous seront nécessaires, il peut être difficile de se projeter.
Le remboursement ajoute parfois une couche de complexité : quelle différence entre psychologue et psychiatre ? Quelles consultations sont prises en charge ? Que prévoit la mutuelle ? Faut-il avancer les frais ?
Il existe des dispositifs de prise en charge, notamment Mon soutien psy, qui permet, sous certaines conditions, de bénéficier de séances chez un psychologue partenaire. Il ne s’applique cependant pas automatiquement à toutes les consultations ni à tous les professionnels. (5)
Avant d’écarter la possibilité d’un accompagnement pour des raisons financières, il peut donc être utile de vérifier les solutions disponibles et les garanties de son contrat.
3. « Je n’ai pas envie qu’on me juge »
Prendre rendez-vous, c’est parfois reconnaître devant quelqu’un d’autre que tout ne va pas comme on le souhaiterait.
Et cela peut faire peur.
Peur de ne pas trouver les bons mots. Peur de pleurer. Peur que ses difficultés paraissent insignifiantes. Peur aussi du regard de son entourage.
La crainte de la stigmatisation figure parmi les obstacles relevés dans l’enquête CoviPrev : elle comprend notamment la réticence à se confier et la peur que l’entourage apprenne que l’on consulte. (4)
Il n’y a pourtant pas de bonne manière de commencer une conversation avec un psychologue. On peut arriver avec des idées très claires, avec des questions, ou simplement avec le sentiment que quelque chose ne va pas.
Le cadre professionnel est justement là pour permettre d’explorer ces difficultés sans avoir à préparer un discours parfait.
4. « Je ne sais pas vers qui me tourner »
Psychologue, psychiatre, psychothérapeute, thérapie individuelle, thérapie de groupe, consultation en cabinet, à distance…
Lorsqu’on commence à chercher, les possibilités peuvent vite devenir difficiles à distinguer.
À cela s’ajoutent des questions pratiques : comment trouver un professionnel ? Comment savoir si son approche correspond à ses besoins ? Quels sont les tarifs ? Peut-on bénéficier d’un remboursement ?
Le manque d’information sur les ressources disponibles fait partie des freins identifiés dans les données françaises. (4)
Pour avancer, un premier échange avec son médecin traitant peut aider à identifier le type d’accompagnement approprié. Il est aussi possible de se renseigner directement auprès d’un professionnel sur sa formation, sa méthode de travail, ses tarifs et les modalités des séances.
5. « Je n’arrive pas à me projeter dans une thérapie »
Et si je commençais sans savoir combien de temps cela allait durer ? Et si je ne savais pas quoi raconter ? Et si je ne me sentais pas à l’aise ?
Ces questions peuvent rendre la première démarche intimidante.
Le format d’un accompagnement compte aussi : certaines personnes préfèrent un suivi individuel, d’autres se sentent plus à l’aise dans un groupe, et d’autres encore ont besoin d’un cadre particulièrement structuré pour envisager de commencer.
Il n’existe pas de format universel. L’important est de pouvoir comprendre ce qui est proposé, poser ses questions et vérifier que l’accompagnement correspond à sa situation.
Et si la thérapie pouvait aussi prendre une autre forme ?
Un cabinet, un fauteuil, un tête-à-tête avec un psychologue : c’est souvent la première image qui vient à l’esprit lorsqu’on pense à la thérapie.
Mais l’accompagnement psychologique peut aussi se dérouler en groupe.
Dans un groupe accompagné par un professionnel, les échanges permettent notamment de découvrir d’autres expériences, de réfléchir à ses propres réactions et d’expérimenter de nouvelles façons d’entrer en relation.
Le groupe ne remplace pas systématiquement une thérapie individuelle. Le choix dépend des besoins de la personne, de ses difficultés et de l’indication du professionnel.
Il peut néanmoins constituer une possibilité supplémentaire pour celles et ceux qui souhaitent travailler sur leur bien-être mental dans un cadre collectif.
Chez Thérapie au Café, nous avons voulu exploiter précisément cette dimension.
Notre programme « Entraîner mon bien-être mental » se déroule pendant 8 semaines, à raison d’une rencontre de 2 heures par semaine, avec un groupe réduit et stable accompagné par un psychologue.
L’objectif n’est pas de passer huit semaines assis en cercle à raconter ses secrets.
On vient pour faire le point, mieux comprendre certaines de ses réactions, expérimenter des outils concrets, travailler la dimension émotionnelle, cognitive, relationnelle et motivationnelle… mais aussi apprendre des autres et avec les autres.
Parce que parfois, prendre soin de soi peut aussi commencer par rencontrer les autres. Ça te donne envie d’avoir plus d’info?
Bibliographie
(1) Santé publique France. Léon C., Perrin L., Gillaizeau I., Papadopoulos A. Épisodes dépressifs : prévalence et recours aux soins. Baromètre de Santé publique France : résultats de l’édition 2024. Publié le 12 novembre 2025, mis à jour le 4 septembre 2026.
Consulter le rapport de Santé publique France
(2) Santé publique France. Résultats du Baromètre 2024 et campagne « À qui ressemble » : Santé publique France s’engage pour la santé mentale. Communiqué de presse, 12 novembre 2025.
Consulter le communiqué de Santé publique France
(3) Santé publique France. Roux J., Perrin L., Léon C. Trouble anxieux généralisé : prévalence et recours aux soins. Baromètre de Santé publique France : résultats de l’édition 2024. Publié le 11 décembre 2025.
Consulter le rapport sur le trouble anxieux généralisé
(4) Santé publique France. Résultats du Baromètre 2024 et campagne « À qui ressemble » : Santé publique France s’engage pour la santé mentale. Section consacrée aux obstacles à la consultation, citant les résultats de l’enquête CoviPrev de 2023.
Consulter les données sur les freins à la consultation
(5) Assurance Maladie. Remboursement de séances chez le psychologue : dispositif Mon soutien psy. Ameli.fr, mis à jour le 16 septembre 2026.
Consulter les conditions de prise en charge de Mon soutien psy
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